Spiritueux artisanal : qu’est-ce que cela signifie vraiment ?

Spiritueux artisanal

Spiritueux artisanal : qu’est-ce que cela signifie vraiment ?

Gin, eau-de-vie, liqueur… Le mot « artisanal » accompagne aujourd’hui de nombreuses bouteilles de spiritueux.

Il évoque spontanément une production à petite échelle, des matières premières soigneusement choisies et un distillateur travaillant directement derrière son alambic.

La réalité mérite pourtant quelques nuances.

Un spiritueux n’est pas automatiquement meilleur parce qu’il est produit en petite quantité. À l’inverse, une distillerie artisanale peut utiliser des équipements modernes sans perdre le caractère artisanal de son travail.

Alors, qu’est-ce qui distingue réellement un spiritueux artisanal ?

Pour le comprendre, il faut regarder au-delà de l’étiquette et s’intéresser à ce qui se passe avant que la bouteille arrive sur la table : qui imagine le spiritueux, qui sélectionne les matières premières, qui réalise les transformations et qui prend les décisions qui déterminent son goût ?

Que signifie « spiritueux artisanal » ?

Contrairement à certaines catégories de boissons spiritueuses précisément définies par la réglementation, le terme « artisanal » ne correspond pas à une recette universelle permettant de classer simplement toutes les bouteilles en deux catégories.

Il décrit davantage une manière de produire.

Une distillerie artisanale travaille généralement à une échelle permettant au producteur de rester directement impliqué dans l’élaboration de ses spiritueux.

Cela peut concerner la création des recettes, le choix des fruits ou des plantes, les macérations, la fermentation lorsque le produit le nécessite, la conduite de la distillation, les assemblages ou encore la mise en bouteille.

L’artisan ne se contente donc pas nécessairement d’exécuter une recette figée.

Il observe la matière et adapte son travail.

C’est cette intervention humaine qui constitue l’une des dimensions les plus intéressantes de la production artisanale.

Une petite production n’est pas forcément artisanale

Le volume constitue un indice, mais il ne suffit pas.

Produire quelques centaines ou quelques milliers de bouteilles ne garantit pas à lui seul une démarche artisanale.

Il est parfaitement possible de fabriquer un petit volume à partir de préparations déjà standardisées en réalisant très peu de transformations sur place.

À l’inverse, une distillerie peut progressivement augmenter sa production tout en conservant une forte maîtrise de ses recettes et de ses procédés.

La question la plus pertinente n’est donc pas seulement :

« Combien de bouteilles sont produites ? »

Mais plutôt :

« Que fait réellement le producteur ? »

Cette distinction est essentielle.

Le rôle du distillateur dans un spiritueux artisanal

Dans une distillerie artisanale, le distillateur occupe naturellement une place centrale.

L’alambic est son outil, mais il ne prend aucune décision à sa place.

Pendant une distillation, le profil du liquide évolue. Le distillateur observe son équipement, suit différents paramètres, sent et goûte les fractions obtenues afin de déterminer ce qu’il souhaite conserver.

Il doit également adapter la conduite de l’alambic à la matière qu’il travaille.

Une eau-de-vie de fruit ne se comporte pas comme un gin.

Des plantes très riches en huiles essentielles ne réagissent pas exactement comme des épices ou des agrumes.

L’expérience consiste progressivement à comprendre ces comportements.

Deux distillateurs utilisant des ingrédients comparables et des équipements proches peuvent ainsi produire des spiritueux très différents.

La machine participe au résultat.

Mais elle ne remplace pas celui qui la conduit.

Tout commence avec les matières premières

Un spiritueux artisanal ne se résume pas à la distillation.

Avant l’alambic, il y a une matière.

Un fruit.

Une plante.

Une épice.

Une graine.

Un café.

Et parfois des ingrédients beaucoup plus inattendus.

Le choix de cette matière influence directement le résultat.

Un fruit n’est jamais totalement standardisé

Prenons l’exemple d’un fruit.

Sa variété, son degré de maturité, la météo de l’année, le moment de la récolte ou ses conditions de conservation peuvent modifier son profil aromatique.

Lorsque ce fruit doit fermenter avant d’être distillé, ces différences deviennent particulièrement importantes.

Le travail artisanal consiste alors à accepter une certaine variabilité de la matière tout en recherchant une cohérence dans le produit final.

Les plantes possèdent également leur propre personnalité

Le même principe s’applique aux végétaux.

Une plante fraîche et une plante séchée ne possèdent pas nécessairement le même profil.

Une récolte effectuée à deux moments différents peut également présenter des variations.

La manière dont la plante est préparée avant son utilisation influence enfin ce qu’elle apportera au spiritueux.

Le travail sur les matières premières devient ainsi une partie intégrante de la recette.

Artisanal ne signifie pas « sans technologie »

L’image romantique de la distillerie peut parfois donner l’impression que l’artisan devrait travailler exactement comme il y a cent ans.

Ce serait confondre tradition et immobilisme.

Un équipement moderne peut améliorer la précision d’une production sans retirer quoi que ce soit au savoir-faire du producteur.

Mesurer une température, contrôler précisément une chauffe ou utiliser du matériel permettant une meilleure répétabilité ne rend pas un spiritueux moins artisanal.

La question reste celle de la maîtrise.

La technologie peut fournir des informations et permettre davantage de précision.

Elle ne décide pas de la recette, ne choisit pas une matière première et ne détermine pas à elle seule le profil aromatique recherché.

L’artisanat n’est donc pas le refus de la technique.

C’est la capacité à l’utiliser au service d’une intention.

Une recette artisanale se construit par essais

Lorsqu’on découvre la liste des ingrédients d’un spiritueux, la recette peut sembler évidente.

Quelques plantes, un fruit, une épice et une base alcoolique.

Mais connaître les ingrédients ne permet pas de reproduire automatiquement le produit.

Les proportions jouent évidemment un rôle.

La préparation des ingrédients également.

Viennent ensuite le degré alcoolique utilisé lors d’une extraction, sa durée, la température, la manière dont les différents composants sont assemblés et, lorsqu’il y a distillation, leur comportement dans l’alambic.

La création passe donc par des essais.

Une première version permet d’identifier une direction.

Une plante peut apparaître trop présente.

Une autre peut presque disparaître après distillation.

Une amertume intéressante à faible intensité peut devenir dominante lorsqu’on augmente légèrement une proportion.

La recette évolue jusqu’à trouver son équilibre.

Cette phase de recherche est une partie souvent invisible du travail artisanal.

Artisanal, local et biologique : trois notions différentes

Ces termes sont parfois utilisés ensemble, mais ils ne signifient pas la même chose.

Un spiritueux artisanal n’est pas nécessairement local

Une distillerie peut travailler artisanalement tout en utilisant certaines matières premières provenant d’autres régions ou d’autres pays.

C’est particulièrement évident pour les épices ou certains agrumes.

L’origine géographique et la méthode de production sont donc deux questions distinctes.

Un spiritueux local n’est pas nécessairement artisanal

La proximité géographique d’une production ne renseigne pas, à elle seule, sur la manière dont le produit a été élaboré.

Un produit peut être fabriqué localement selon une méthode fortement standardisée.

Un spiritueux artisanal n’est pas automatiquement biologique

La production biologique répond à des règles et à un système de certification spécifiques.

Une distillerie artisanale peut choisir de travailler en agriculture biologique, mais les deux notions ne sont pas synonymes.

À la Distillerie Sainte Barbe, ces dimensions se rencontrent : nous élaborons en Lorraine des spiritueux biologiques et artisanaux, avec une attention particulière portée aux matières premières et à leur expression aromatique.

Un spiritueux artisanal doit-il forcément utiliser des ingrédients locaux ?

Pas nécessairement.

L’idée d’un spiritueux artisanal composé exclusivement d’ingrédients récoltés à quelques kilomètres de l’alambic peut sembler séduisante, mais elle n’est pas toujours cohérente avec la recette.

Le genièvre, les épices, le café ou certains agrumes possèdent des zones de production différentes.

Le travail du producteur consiste plutôt à savoir pourquoi il choisit une matière première et ce qu’il souhaite en obtenir.

Cela n’empêche évidemment pas de privilégier le terroir lorsqu’il possède un sens.

En Lorraine, travailler la mirabelle permet par exemple de créer un lien direct entre un fruit emblématique de la région et le métier de distillateur.

Pour d’autres créations, l’identité peut naître de la rencontre entre des ingrédients venus d’ailleurs et des matières travaillées localement.

L’artisanat ne consiste donc pas à imposer artificiellement la proximité à chaque ingrédient.

Il consiste à faire des choix cohérents et à les maîtriser.

Un spiritueux artisanal est-il forcément meilleur ?

Non.

Et c’est probablement une distinction importante.

Le mot « artisanal » décrit une démarche de production. Il ne constitue pas une garantie automatique de qualité.

Un spiritueux produit artisanalement peut être déséquilibré.

À l’inverse, une grande maison peut évidemment produire des spiritueux remarquablement précis.

L’intérêt de l’artisanat se trouve ailleurs.

Il permet au producteur de développer une identité très personnelle, de travailler certaines matières en petites quantités, d’expérimenter et de modifier ses méthodes avec une grande liberté.

Cette proximité entre celui qui imagine le produit et celui qui le fabrique peut donner naissance à des spiritueux particulièrement singuliers.

Mais c’est ensuite la dégustation qui doit parler.

À la Distillerie Sainte Barbe, l’artisanat comme manière de travailler

À la Distillerie Sainte Barbe, nous envisageons l’artisanat comme une implication directe dans la fabrication de nos spiritueux.

Les recettes sont développées à la distillerie.

Nous travaillons les matières premières, réalisons les différentes préparations nécessaires et conduisons nos distillations en Lorraine.

Selon les créations, nous pouvons travailler des fruits, des plantes, des épices ou d’autres ingrédients dont nous cherchons à comprendre le comportement.

Certaines recettes demandent de nombreuses versions avant d’atteindre l’équilibre recherché.

D’autres évoluent parce qu’une matière première ne réagit pas exactement comme prévu.

Cette part d’observation et d’adaptation fait partie du métier.

Elle explique également pourquoi nous préférons parler de savoir-faire artisanal plutôt que d’utiliser « artisanal » comme un simple argument apposé sur une bouteille.

Derrière le mot doit rester une réalité : celle de personnes qui imaginent, fabriquent, goûtent et assument les choix qui donnent au spiritueux son identité.

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